Apprendre à apprendre
Apprendre à apprendre

Apprendre à apprendre…Cela sonne un peu comme une chanson de Florent Pagny, et pourtant c’est la compétence reine, la clé d’une vie excitante à la James Bond où vous pouvez, au cours de la même soirée : commander un vodka martini “shaken, not stirred” avec un accent impeccable ; empocher un joli gain au Blackjack ; semer vos poursuivants en sautant une barre rocheuse ; et lever un top model au bar de l’hôtel grâce à vos techniques avancées de PNL.

Oui, enfin tout cela n’arrive que dans les films…à moins que…

Connaissez-vous Timothy Ferris, l’auteur de “La semaine de 4 heures” ? Ce gars là est super agaçant : il parle couramment  japonais, danse le tango à un niveau international, excelle dans les arts martiaux, créé des entreprises florissantes, écrit des best-sellers, donne des conférences partout dans le monde, et la liste ne s’arrête pas là…

Son principal talent ? C’est une véritable machine à apprendre, un boulimique de savoir, de savoir-faire et de compétences, méthodique et appliqué.

Je vous invite à consulter sa méthode (qui s’appelle D3S pour : “Deconstruction, Selection, Sequencing & Stakes”), qui est très (trop ?) orientée résultats, “à l’américaine”.

 Cela étant dit, et  comme après tout il s’agit de mon blog, je vais plutôt vous présenter ma méthode en 9 étapes pour apprendre tout et n’importe quoi.

I – Reconnaître qu’on ne sait pas

“Je sais que je ne sais rien”, disait Socrate ; “Ich weiß nicht […]” disait Heine ; “You know nothing, Jon Snow”, disait Ygrid…

Généralement, l’apprentissage d’une discipline commence par la prise de conscience de sa propre incompétence. En effet, toute discipline est sous-tendue par un ensemble de règles et de techniques, qui sont en grande majorité acquises et non innées.

Dans certaines disciplines, le débutant sait d’emblée qu’il ne sait pas (exemples : jonglage, grec ancien, chimie, vol à ski, etc.), dans d’autres, qui se rapportent plus aisément à la vie courante,  il pense qu’il sait et c’est là que le bât blesse : il dispose de bases… mais pas des bonnes ! Il faudra alors désapprendre, afin de pouvoir ré-apprendre correctement… cela est souvent long, difficile et frustrant (exemples : course à pied, cuisine, écriture, prise de parole en public, conduite automobile, etc)

La compétence primaire pour apprendre, c’est l’adoption par défaut d’une posture d’humilité vis-à-vis de quelque chose qu’on ne comprend pas pleinement. En outre, il y existe souvent un décalage entre la projection mentale qu’on a de soi et la réalité objective. Quand j’ai commencé la course à pied, dans ma tête, j’avais le style d’un champion, mais sur toutes les photos prises pendant mes courses, on aurait dit que je marchais...

II – Faire naître l’envie

Bon, maintenant que nous avons bien pris conscience de nos limites (sans auto-flagellation excessive), place au désir, au rêve !

Mais pourquoi voulons-nous en premier lieu développer nos capacités, acquérir de nouvelles compétences, augmenter notre savoir ?

Les raisons peuvent être multiples, plurielles : pour répondre à un besoin professionnel ou pratique, pour flatter son ego ; pour vivre l’excitation de la nouveauté, du dépaysement ; pour se dépasser ; ou tout simplement parce que ça a l’air cool.

L’envie est le plus puissant des moteurs….Alors comment nourrir son envie d’apprendre ?

  • En s’ouvrant au monde, en observant autour de soi, en étant curieux
  • En pratiquant (“l’appétit vient en mangeant”). En général, lorsqu’on réussit ou saisit quelque chose pour la première fois, cela procure un sentiment de griserie et de plénitude. On cherche alors à retrouver cet ‘”instant Eureka”, souvent par le biais d’un nouvel apprentissage.

III – Lever ses “croyances limitantes”

“Ce n’est pas pour moi” dit le sumo en parlant du roller. Réalité objective ou croyance limitante ?

Lorsque l’envie est là, qu’est ce qui nous bloque pour un apprentissage ?

  1. La peur d’être ridicule, de perdre la face
  2. La peur de ne pas avoir les capacités requises, de ne pas y arriver
  3. La peur de ne pas avoir le temps, la détermination ou l’énergie nécessaires

Tentons de répondre à ces points un par un :

  1. Pour apprendre, il faut accepter d’être “mauvais” au départ. C’est souvent le dealbreaker pour les adultes, en particulier ceux qui font figure d’autorité et ne se retrouvent plus jamais en position basse. Car contrairement à la croyance populaire, les enfants n’apprennent pas forcément mieux que les adultes. Ils ont simplement moins d’inhibitions… et plus l’habitude de se tromper et d’être corrigés sans que leur ego n’en souffre trop.
  2. Quel que soit le domaine considéré, le travail bat toujours le don ou le talent pur (à plat de couture, même). L’excellence, c’est avant tout une question de méthode, de discipline et de persévérance. Les personnes les plus douées sont aussi celles qui travaillent le plus (Jimi Hendrix vivait la guitare à la main du soir au matin ; Maradona était toujours le premier arrivé et le dernier parti aux entraînements)
  3. Le temps, on ne l’a jamais. On le créé. Comme dit le proverbe : “Qui veut faire quelque chose trouve un moyen, qui ne veut rien faire trouve une excuse”. En ce qui concerne l’énergie, c’est ambivalent, un peu comme les enfants : ça en demande beaucoup, mais ça en donne beaucoup aussi.

IV – Rassembler des connaissances sur le sujet

Actuellement, recueillir des informations n’a jamais été aussi simple, rapide et facile : vidéos, blogs, livres, magazines, forums…

Pour ma part, j’aime bien les livres. Ils permettent d’établir un premier niveau d’engagement vis-à-vis de la discipline : tout d’abord, le livre a un coût, qu’on souhaite rentabiliser ; d’autre part, la qualité et la structuration des informations qui y figurent est meilleure que dans d’autre média… Mais au final, rien ne remplace un bonne discussion de vive voix avec un vrai praticien. Ce dernier sait en général transmettre sa passion et donner les bons conseils pour nous faciliter l’entrée dans son domaine.

Cela dit, croisez vos sources, toujours…

Dans le film documentaire Pumping Iron (sorti en 1977), Arnold Schwartzenegger, alors meilleur culturiste du monde, raconte qu’il avait une fois convaincu un culturiste Européen (imbu de lui-même et aussi un peu niais), de monter sur scène en compétition et d’enchaîner ses poses en HURLANT car c’était la dernière mode aux Etats-Unis. Quel filou, cet Arnold !

V – Comprendre ce dont il s’agit et ce qui est important

À partir des informations glanées et des recoupements opérés, on peut généralement se faire une idée assez précise de ce qui constitue l’essence, la structure sous-jacente d’une discipline, d’une langue ou d’un savoir-faire.

Généralement, un domaine d’apprentissage se compose lui-même de sous-domaines, qui peuvent être travaillés indépendamment, avant d’être ré-assemblés progressivement.

Par exemple, en conduite automobile, on apprend à faire les choses dans un ordre bien précis : maîtriser la trajectoire du véhicule, gérer la boîte de vitesses, respecter la signalisation, rouler avec les autres usagers. Chaque élément doit être raisonnablement maîtrisé avant d’incorporer le suivant.

D’autre part, une loi empirique (la fameuse loi de Pareto) prédit que 20% du contenu de la discipline constituent 80% de l’usage. Notre tâche consiste à découvrir quels sont les 20% en question et à nous concentrer là-dessus dans un premier temps.

Par exemple, si vous voulez apprendre la guitare, je vous suggère de commencer par les accords suivants : C (do), G (sol), Am (la mineur), F (fa), qui permettent de jouer un nombre surprenant de chansons.

VI – Planifier son apprentissage

On ne va pas se mentir, il s’agit de la phase la plus critique, où l’on cherche à déterminer précisément : le quoi , le quand et le comment.

Pour cela, les méthodes et autres manuels d’apprentissage constituent toujours une base précieuse.

La part belle doit être donnée à la pratique. Pour chacun des sous-domaines de la discipline, il faut choisir quelques exercices qui permettront de progresser. Si besoin, on peut acquérir ou fabriquer des outils en lien.

Exemple : pour gravir la voie d’escalade Action Directe, Wolfgang Güllich s’est fabriqué en 1988 un outil sur-mesure, le pan Güllich. Cette planche inclinée avec des réglettes en bois lui a permis d’améliorer la puissance et l’explosivité de ses avant-bras et de ses doigts. Grâce à cet outil, Güllich fut en 1991 le premier au monde à gravir une voie cotée dans le 9ème degré.

Autre aspect fondamental de la planification : définir un objectif précis à une date butoir. Cela permet de rester motivé et de ne pas se disperser.

Exemple : si vous voulez vous mettre à la course à pied, commencez par vous inscrire à une course dans 3-4 mois, et parlez-en autour de vous (histoire de ne pas vous débiner). Il n’y a rien de tel pour se motiver. D’ailleurs, pour ma part, depuis que j’ai arrêté de m’inscrire à des courses, j’ai aussi (quasiment) arrêté de m’entraîner. Ce n’est pas une coïncidence.

VII – S’investir sérieusement

“No pain, no gain”.

Acquérir une nouvelle compétence, mobilise énormément de ressources en : temps, énergie physique et énergie mentale. C’est inévitable.

En revanche, une fois la nouvelle compétence acquise (et les circuits neuronaux correspondants bien en place), elle requiert peu d’entretien. Même quand on n’a pas pratiqué pendant longtemps, quelques heures suffisent à retrouver le niveau qu’on a mis des années à acquérir. Cela permet, une fois une discipline maîtrisée, d’en commencer une autre.

Mieux : afin de progresser dans une discipline qu’on pratique depuis des années, il est souvent fructueux de s’essayer à une discipline voisine. Par exemple, en équitation, faire du dressage quand on est un spécialiste du saut d’obstacles.

Autre phénomène intéressant : plus on est habitué à apprendre, plus il est facile d’apprendre. Lorsqu’on acquiert une compréhension d’une discipline à un niveau structurel, fondamental, cela permet d’aller beaucoup plus vite sur l’apprentissage d’autres disciplines.

En effet, dans une certaine mesure, les principes d’une discipline peuvent se transposer à une autre :

  • Une langue : c’est du vocabulaire, des règles grammaticales et des idiomatismes (expressions toutes faites, propres à la langue).
  • La musique : c’est des notes sur un tempo, avec des nuances, parfois.
  • L’art en général : c’est un propos, mis en scène dans une composition régie par un ensemble de règles et servie par un ensemble de techniques.

Le caractère “transposable” des compétences permet d’expliquer pourquoi il y a beaucoup de musiciens multi-instrumentistes (Ex. Prince jouait de 27 instruments), beaucoup de gens polyglottes (Ex. le pape Jean-Paul II parlait couramment 8 langues) et beaucoup de peintres également sculpteurs, dessinateurs, photographes (Picasso, Dali, Miro, etc.)

Un dernier point :  il est à noter que pour réaliser des progrès, la force de l’intention est le facteur déterminant. En effet, on assimile beaucoup mieux les choses lorsqu’on les fait en pleine conscience, sans pensée parasite en tâche de fond.

Toutefois, se consacrer pleinement à une activité, en étant dans l’instant, n’est pas chose aisée.

Les  rituels peuvent constituer une aide précieuse pour se concentrer (sans forcément aller jusqu’à la routine de Nadal au service).

VIII – Obtenir du feedback et ajuster

Les disciplines dans lesquelles on progresse le mieux sont celles dans lesquelles on obtient rapidement du feedback.

Par exemple, en slackline, la courbe d’apprentissage est très rapide et après seulement quelques séances, on constate généralement des progrès spectaculaires. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit (dans un premier temps) de faire une seule chose : conserver son équilibre. Si on ne se place pas comme il faut, on tombe. Quand on fait ce qu’il faut, on ne tombe pas.

Lorsqu’on n’a pas conscience de ses défauts, on ne peut pas progresser…

Dans de nombreuses disciplines, comme la danse, le yoga ou les arts martiaux, il est difficile pour le praticien d’avoir une perception juste de ses propres mouvements. C’est pour cela qu’il a besoin d’un maître, d’un professeur, pour corriger des postures incorrectes ou inefficientes.

Parfois aussi, on n’a pas conscience de ses points forts, de ce qui nous distingue des autres, de ce qui fait notre “plus”. Or c’est le développement de nos points forts, plutôt que l’atténuation de nos points faibles, qui nous permet d’exceller dans un domaine.

Donc ici encore, les regards extérieurs s’avèrent bénéfiques.

IX – Persévérer !

On le sait tous : “Rome ne s’est pas faite en un jour”.

Vous avez certainement entendu parler des 10 000 heures nécessaires pour arriver à un niveau d’expertise avancé, quelle que soit la discipline. Cela équivaut à 5 ans à temps plein sur des horaires de bureau…Ce qui est à la fois beaucoup et pas tant que ça… En théorie, quelqu’un qui ne travaille pas pourrait donc sans trop de souci devenir expert de 5 à 10 disciplines au cours de sa vie. On en est loin… Pourquoi cela ?

À cause de la courbe de progression “en S” qui s’applique à toute discipline : au début, on patine ; puis le déclic se produit et on fait des progrès fulgurants ; puis les progrès se font moindres, sont plus difficiles à obtenir car ils nécessitent un investissement de plus en plus important.

Exemple : un coureur à pied qui vaut 30 minutes sur 10 km (niveau championnats de France) court, au bas mot, 100 km par semaine (ce qui est déjà énorme). Un coureur qui vaut 27 minutes sur 10 km (niveau finale olympique) court le double !

Pour continuer à progresser, il faut donc faire preuve de persévérance. Mais qu’est-ce qui nous aide à persévérer ?

La volonté seule, limitée en quantité et sur la durée,  suffit rarement…C’est plutôt la motivation qui aide à tenir bon quand les choses deviennent difficiles ou ennuyeuses. La motivation s’entretient par la remise en cause, l’anticipation des fruits de l’entraînement, l’élévation du niveau d’ambition.

La motivation, le “grit” comme disent les anglo-saxons, est souvent ce qui fait la différence entre un bon praticien et un champion… Cette fameuse capacité, qui vient des tripes, à pousser au-delà de ses capacités, alors qu’on est déjà à bout.

Pour conclure sur cette idée, voici une petite anecdote : un journaliste demanda un jour à Mohammed Ali : “Combien d’abdos fais-tu à l’entraînement ?”.  Il répondit : “Aucune idée, je ne commence à compter que lorsque ça brûle et que je n’en peux plus”.

C’est ça l’esprit : )

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