Ce que la musique peut nous apprendre sur le travail en équipe
Ce que la musique peut nous apprendre sur le travail en équipe

Notre imagination n’est pas limitée. Nos moyens propres, en revanche, le sont fortement.

Eriger une pyramide haute de 150 mètres, aller sur la lune, guérir le cancer… la raison d’être d’une organisation, c’est de rendre possible une ambition a priori irréalisable par une personne seule.

La qualité de ce que produit une organisation dépend essentiellement de deux choses :

  • les contributions individuelles de ses membres
  • la manière dont ces contributions s’articulent, se mettent en musique

C’est justement de cette « mise en musique » dont j’aimerais parler aujourd’hui.

À titre personnel, j’ai pratiqué la musique en groupe pendant plus de 20 ans : chorale, orchestres classiques et groupes de rock.

Ces expériences ont grandement contribué à façonner ma vision d’une collaboration harmonieuse et efficace dans le monde du travail.

Cet article présente donc, en 6 idées clés, ce que la musique en groupe peut nous apprendre sur le travail en équipe en entreprise.

1 – Partager une même culture est essentiel

En musique comme ailleurs, c’est la culture (dans le sens de cadre de référence) qui permet en premier lieu passer de la collection d’individualités au groupe cohérent :

  • À un niveau de surface : synchronisation des tenues, de la gestuelle, accordage au même diapason
  • À un niveau plus fondamental : utilisation des mêmes conventions musicales (type de gamme, notation des notes, du tempo, des nuances), appréciation des mêmes styles musicaux, niveau d’ambition homogène

De la même manière, l’entreprise fonctionne avec un ensemble de règles et de normes implicites qui en constituent un socle culturel minimal : vocabulaire, valeurs, rites, conventions sociales.

2 – Avant de jouer avec les autres, il faut déjà savoir jouer tout seul

En tant que membre d’un ensemble musical, on assume une fonction bien spécifique et parfois non substituable. La maîtrise de son instrument, qui exige un travail solitaire de longue haleine, potentiellement fastidieux, est un prérequis incontournable.

Pour cause, le niveau d’un groupe musical est avant tout fonction de son maillon le plus faible (surtout lorsque celui-ci joue au-delà de ses limites).

Le fait de jouer faux ou à contre-temps produit des effets désastreux sur la sonorité d’ensemble, un peu comme un ingrédient utilisé à mauvais escient en cuisine. Non seulement l’erreur passe difficilement inaperçue, mais pire, elle peut en entraîner d’autres.

En entreprise, c’est un peu la même chose.

On arrive généralement sur le marché du travail après de nombreuses années d’études et une filière de spécialisation qui garantit a priori un certain niveau de compétence vis-à-vis de notre futur métier.

Les responsabilités que l’on nous confie dans un premier temps sont modestes, mais croissent à mesure que l’on gagne en compétence et en expérience.

Ensuite, tout au long de notre carrière, nous continuons à nous former et à nous perfectionner, afin d’être aussi utile et fiable que possible pour le groupe, dont les attentes évoluent au cours du temps.

3 – Fonctionner avec les autres est une compétence à part entière

Comparé à une personne seule, un groupe de musiciens sonne incontestablement plus riche sur un plan mélodique, rythmique et harmonique.

Néanmoins, ce qui est gagné en complémentarité et en dynamique avec le groupe risque d’être perdu en cohérence d’ensemble si les musiciens ne jouent pas bien ensemble.

Jouer ensemble est bien plus difficile qu’on ne le croit. La première fois que l’on essaie de jouer en groupe, on est souvent surpris… Lorsqu’on joue tout seul, on a tendance à prendre des libertés avec le tempo. Mais quand on joue en groupe, ce n’est plus possible.

Jouer ensemble présuppose de s’écouter mutuellement et de s’adapter en permanence.

En entreprise, “jouer dans le même tempo” que son équipe est essentiel. Concrètement, cela signifie : adopter des horaires de travail favorisant des échanges constructifs et sereins avec le reste de l’équipe ; travailler sur les bons sujets au bon moment, en s’assurant de répondre prestement aux demandes et de ne bloquer personne en aval ; respecter, mettre en valeur le travail des autres ainsi que capitaliser dessus.

4 – Chaque groupe possède une identité propre, distincte de la somme des individus qui le composent

Des interactions entre les individualités qui forment un groupe émerge toujours quelque chose d’inédit et d’unique.

Lorsque la dynamique du groupe est bonne, on peut parler d’alchimie : chacun fait ressortir chez les autres une facette particulière et la combinaison de ces facettes donne un résultat intéressant.

Quoi qu’il en soit, cette notion d’identité propre du groupe explique pourquoi certains « supergroupes » sont musicalement moins intéressants que les groupes « standards» qui les composent :

  • Traveling Wilburys < (Beatles + Bob Dylan + Electric Light Orchestra + Tom Petty + Roy Orbison) / 5
  • The Raconteurs < (White Stripes + Brendan Benson) / 2 , même s’ils se sont améliorés
  • Them Crooked Vultures < (Nirvana + Led Zeppelin + Queens of the Stone Age) /3

Dans l’entreprise, la notion d’identité de groupe est généralement bien comprise par les RH et le top management, mais elle est rarement réellement exploitée, faute de temps, de moyens ou de courage.

Les actions de teambuilding visent typiquement à renforcer les liens et la compréhension mutuelle entre collègues (ce qui est déjà un bon début) mais elles ne permettent pas de travailler sur l’identité propre à l’équipe et aux conditions de sa performance.

Pour cela, dans des conditions aussi proches du réel que possible, les dynamiques relationnelles de l’équipe doivent être mises à nu, analysées et remises en question. C’est typiquement le travail d’un coach d’équipe.
Pour permettre à l’équipe de progresser , une place de choix doit être laissée à l’expérimentation et au droit à l’erreur.

5 – Les talents doivent avant tout servir le collectif

Les groupes ou orchestres qui sonnent le mieux ne sont pas forcément ceux qui ont les meilleurs techniciens sur un plan individuel… Ce sont ceux dont l’ego des musiciens s’oriente le mieux vers une performance d’ensemble.

La plupart du temps, ce dont la musique a besoin, c’est de simplicité (au moins apparente), de justesse, de sobriété. Si chacun joue sa partie comme il se doit, il n’y a pas besoin d’en rajouter.

Les démonstrations de virtuosités amusent et impressionnent, mais lassent rapidement musiciens et auditeurs (surtout les solos de batterie dépassant les 5 secondes ).

Dans l’entreprise, les collaborateurs qui cherchent à tirer la couverture à eux (en s’accaparant le travail des autres, en détournant des moyens potentiellement plus utiles ailleurs, en faisant preuve d’audace pour accroître leur prestige personnel) peuvent mettre l’ensemble de l’organisation en péril.

Exemple : Jean-Marie Messier a pris la tête de la Compagnie Générale des Eaux au milieu des années 1990. Doté d’un « fort ego », il a mis en œuvre au tournant des années 2000 une stratégie « ambitieuse » de « maîtrise du contenu et du contenant » qui a conduit sa société (devenue entre temps Vivendi Universal) au bord de la faillite.

6 – Le collectif constitue un socle pour l’expression des talents

En musique, pour des raisons de clarté, le propos est généralement exposé par un instrument à la fois, les autres se mettant en support.

Lorsqu’un instrument prend le lead, le groupe lui donne une assise rhythmique et harmonique qui lui permet de briller pleinement.

Le boléro de Ravel, l’œuvre la plus jouée dans le monde, consiste en deux phrases musicales distinctes, répétées 9 fois chacune. Chaque phrase musicale est interprétée par un groupe d’instruments différent. Cela permet à la fois d’ancrer la mélodie et de mettre les instrument en valeur (la mélodie étant déjà connue, l’auditeur est pleinement attentif à leurs timbres)

Les entreprises, quant à elles, permettent souvent aux talents d’éclore, en leur fournissant un but, des moyens matériels et intellectuels, un regard critique et du soutien.

Mais trop souvent, elles ne croient pas suffisamment à leurs talents internes, et contraignent ceux-ci à partir pour se réaliser complètement.

Exemple : en 1885, Nikola Tesla a mis au point le courant alternatif lorsqu’il était ingénieur chez General Electric, mais son fondateur Thomas Edison, fervent défenseur du courant continu, ne croyait pas à cette technologie. Tesla a donc été contraint à démissionner et s’allier à George Westinghouse pour mettre en œuvre sa vision (qui s’est imposée en seulement 10 ans pour l’ensemble des réseaux électriques).

CONCLUSION

Et vous ?

Quel type d’instrumentiste êtes-vous au sein de votre équipe ? Rhythmique ? Mélodique ? Harmonique ? Jusqu’où savez-vous être polyvalent ?

Lorsque vous jouez, est-ce avec ou en dépit de vos collègues ? Leur accordez-vous toujours le bon niveau d’écoute ?

Et surtout, quelles mesures comptez-vous prendre pour améliorer la sonorité d’ensemble de votre groupe ?

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