Êtes-vous un imposteur ?
Êtes-vous un imposteur ?

Un imposteur est une personne qui se fait délibérément passer pour ce qu’elle n’est pas.

Dans le monde du travail, nous en avons tous rencontré.

Vous savez, ces personnes dont les compétences sont en décalage manifeste avec leur titre ou leur fonction et qui s’emploient – avec plus ou moins d’ardeur et de succès – à le dissimuler.

Peut-être d’ailleurs êtes-vous une de ces personnes (ça n’arrive pas qu’aux autres).

L’article d’aujourd’hui traite de l’accession à une expertise avérée et ses liens étroits avec la notion d’imposture.

Accession à l’expertise avérée et types d’imposture

 

 

I – L’imposture, le passage obligé (du bébé lapin)

En boîte de nuit, on ne laisse rentrer que les habitués. Si on ne prétend pas être un habitué pour entrer la première fois, on ne le deviendra jamais.

Lorsque l’on démarre dans un nouveau métier, il est acceptable et accepté de ne pas savoir, de le reconnaître et de le faire savoir. C’est la position du débutant. Nous sommes tous passés par là.

Cela dit, cette position n’est acceptable qu’un temps. Nos collaborateurs, pédagogues et patients au départ, finissent par se lasser et s’agacer si on ne devient pas autonome suffisamment vite.

Tôt ou tard, il faudra se jeter à l’eau en prenant ou en acceptant des responsabilités pour lesquelles on n’a pas encore les épaules assez larges. Il est toujours possible d’avouer ses doutes ou son inexpérience, mais en général, on préfère s’abstenir.

Beaucoup d’entre nous ont la croyance que pour obtenir la confiance de quelqu’un alors que les conditions ne s’y prêtent pas, il faut, d’une manière ou d’une autre, en abuser.

Exemple : certaines personnes ajoutent sans complexe des expériences à leur CV, afin que ce dernier corresponde mieux à l’offre d’emploi à laquelle ils répondent.

Autre exemple : dans le film Presque Célèbre, William Miller est un lycéen de 15 ans, journaliste en herbe qui écrit des articles de rock dans des revues locales. Contacté au téléphone par le prestigieux magazine Rolling Stone, il parvient à se faire passer pour un journaliste établi (et adulte) afin de couvrir la tournée d’un de ses groupes favoris, en mentant par omission.

Idéalement, l’imposture est :

  • Modérée : l’écart entre ce qu’on a et ce qu’on vend n’est pas très important.
  • Temporaire : on devrait acquérir suffisamment vite les compétences revendiquées par anticipation.

Mais souvent, les choses ne se passent pas comme prévu et on ne parvient pas à prendre la voie directe vers l’expertise avérée.

En fonction de ses capacités, de son tempérament et des circonstances, on empruntera une des 3 voies plus hasardeuse présentées dans la suite de cet article.

II – Lorsqu’on s’installe dans l’imposture : la voie Rocancourt (du raton-laveur)

Christophe Rocancourt est un escroc en série français, connu pour avoir arnaqué plusieurs célébrités (notamment Mickey Rourke, Michel Polnareff et Catherine Breillat) et pour avoir épousé Sonia Rolland, une ex-miss France. Sa personnalité et sa capacité à récidiver encore et encore fascinent le public et les médias.

Dans le monde du travail, une imposture devient problématique lorsqu’on consacre plus d’énergie à la défendre qu’à la rendre obsolète.

Il y a fondamentalement deux raisons pour lesquelles une imposture persiste :

A) On s’y trouve piégé

Soit parce qu’on a présumé de ses capacités (nous ne sommes pas tous faits pour être pilote de chasse, chirurgien ou PDG) ; soit parce que la situation ne nous permet pas d’acquérir les compétences nécessaires sans risquer d’être confondu (« Pourquoi me poses-tu cette question ? Tu devrais le savoir, toi qui es sorti major de ta promo à Polytechnique »).

Que faire lorsqu’on est piégé dans une imposture ?

Déjà, c’est bien de le reconnaître. Plusieurs options sont envisageables : démissionner ; changer les règles du jeu de manière à les faire mieux correspondre à ses talents ; s’entourer de personnes à même de combler ses propres lacunes.

B) On y a pris goût

Lorsqu’on est en situation d’imposture, on est amené à développer des compétences en assertivité, dissimulation, tromperie.

Pour certains, développer ce type de compétences est plus excitant et satisfaisant que de développer les compétences liées au poste.

Dans Catch me if you can, Frank Abagnale (interprété par Leonardo Di Caprio) enchaîne les usurpations d’identité (enseignant, pilote d’avion, médecin, avocat) lors de scènes de duperie tendues et jouissives. Son intelligence lui auraient probablement permis d’accéder à n’importe laquelle des professions usurpées si cela avait été son choix. Lorsqu’il choisit de se ranger, il devient d’ailleurs un consultant en sécurité talentueux et renommé.

Si la plupart d’entre nous ne passeraient jamais à l’acte, les histoires d’imposture nous fascinent. En témoignent les nombreux films consacrés au sujet, parmi lesquels : La vérité si je mens, I love you Phillip Morris, Le retour de Martin Guerre / Somersby, Un fauteuil pour deux.

III – Lorsqu’on devient imposteur à son insu : la voie Dunning-Kruger (du jeune loup)

L’effet Dunning-Kruger, ou effet de surconfiance, est un biais cognitif selon lequel les moins qualifiés dans un domaine surestiment leur compétence.

Ce phénomène a été mis en avant par les psychologues américains David Dunning et Justin Kruger en 1999.

Dunning et Kruger attribuent ce biais à une difficulté métacognitive des personnes non qualifiées qui les empêche de reconnaître exactement leur incompétence et d’évaluer leurs réelles capacités.

Corollaire : les personnes les plus qualifiées auraient tendance à sous-estimer leur niveau de compétence (cf. partie IV de cet article)

Dans le monde du travail, il n’est pas rare de voir des jeunes professionnels – que nous appellerons « jeunes loups » – arriver avec une confiance en eux qui surpasse, parfois de beaucoup, leurs capacités du moment.

Dit autrement : ils ne savent pas qu’ils ne savent pas.

La plupart du temps, un collègue du « jeune loup » se chargera de lui ouvrir les yeux en lui proposant une promenade du côté du précipice de l’humilité.

Sinon, l’amélioration significative des compétences du « jeune loup » devrait lui permettre de reconnaître et accepter ses lacunes antérieures. Il prend alors la mesure des efforts à fournir pour atteindre l’expertise avérée et s’y emploie.

 

Evolution conjointe de la compétence et de la confiance en soi selon Dunning et Kruger

 

Si aucun de 2 scénarios susmentionnés ne se réalise, le jeune loup sera condamné à errer dans les limbes du différentiel entre sa valeur supposée et sa valeur réelle.

IV – Lorsqu’on pense à tort être un imposteur : la voie Clance-Imes (du panda)

Le terme « syndrome de l’imposteur » a été inventé par les psychologues cliniques Pauline Rose Clance et Suzanne A. Imes en 1978.

Les personnes qui en souffrent rejettent le mérite lié à leur travail et attribuent leur succès à des éléments extérieurs (chance, relations, circonstances particulières). Elles se perçoivent souvent comme des dupeurs-nés qui abusent leurs collègues et leurs supérieurs et s’attendent à être démasquées d’un jour à l’autre.

N.B. Le terme de « syndrome » n’est ici pas des plus adaptés, car il n’a rien de rare ou de particulièrement symptomatique. 70% de la population en auraient déjà fait l’expérience.

Dans notre modèle, la personne souffrant du syndrome de l’imposteur ne perçoit pas qu’elle a acquis les compétences nécessaires à l’exercice de sa fonction. Elle se perçoit toujours comme le débutant qui vient d’enfiler son masque d’imposteur.

Elle protège (inconsciemment) cette croyance d’imposture en adoptant dans le travail une stratégie de sur-investissement ou au contraire de sous-investissement .

Quelles que soient la stratégie choisie et son issue, elles tendent à renforcer le syndrome, comme l’illustre le schéma ci-dessous :

 

Le syndrome de l’imposteur – Stratégies perdantes et cercle vicieux

 

Pour lutter contre ce syndrome, plusieurs mesures sont possibles, par exemple :

  • dresser la liste de ses accomplissements passés, afin de mieux prendre la mesure du facteur chance (ex. liste des titres en carrière de Didier Deschamps, pour ceux qui doutent de sa valeur en tant que joueur)
  • se comparer à la moyenne des gens plutôt qu’à son soi idéal ou aux top performers (ex. Tariku Bekele par rapport à son frère Kenenisa)
  • demander du feedback à ses collègues, en étant pleinement conscient qu’ils sont plus à même d’apprécier nos talents (ces derniers nous paraissent souvent banals, vu qu’ils ne nécessitent chez nous aucun effort particulier).

CONCLUSION

Le monde du travail sourit aux « imposteurs éphémères » : ceux qui osent aller au-delà de leurs attributions ou capacités du moment et qui parviennent à développer « sur le tas » les compétences nécessaires à leur succès.

Toutefois, porter le masque de l’imposteur, même brièvement, peut produire des effets secondaires potentiellement dommageables : excès de confiance en soi ou au contraire dévalorisation de soi.

L’accession à l’expertise avérée implique, sans surprise, un travail d’évaluation objective de ses compétences, couplé au désir de progresser.

Ce n’est pas toujours confortable, mais ça en vaut presque toujours la peine.

ET VOUS

Où vous situez-vous sur le modèle ?

Devriez-vous améliorer votre compétence ou votre perception de vous-même ?

Qu’allez-vous faire concrètement par rapport à cela ?

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