Être un bon parent en 2020
Être un bon parent en 2020

7 préceptes universels issus des manuels de parentalité pour sortir du paradigme du père Noël et du père fouettard

Ce qui me tourmente, ce ne sont ni ces creux, ni ces bosses, ni cette laideur. C’est un peu, dans chacun de ces hommes, Mozart assassiné.

Antoine de Saint-Exupéry

Pour mon premier article de l’année 2020, je voudrais parler d’un sujet qui me tient à particulièrement à cœur : la parentalité, ou l’art pour les parents d’élever leurs enfants (appelé parenting en anglais).

Les enfants sont des êtres merveilleux : drôles, spontanés, dotés d’un potentiel immense et d’une force extraordinaire. Mais ils sont aussi fragiles… Pour grandir harmonieusement, ils dépendent des adultes en général et de leurs parents en particulier.

D’après mon expérience, être parent implique de jouer tantôt le rôle du père Noël (permissions, récompenses), tantôt celui du père fouettard (discipline, sanctions). À notre époque, il n’est pas toujours simple de savoir où exactement placer le curseur entre ces deux rôles.

J’ai donc cherché à en savoir plus sur la question, en consultant plusieurs manuels « classiques » de parentalité :

Comment soigner et éduquer son enfant (The Common Sense Book of Baby and Child Care) Dr Benjamin Spock 1952
Tout se joue avant 6 ans (How to parent) Dr Fitzhugh Dodson 1970
Parent Power ! John Rosemond 1981
J’ai tout essayé Isabelle Filliozat 2011
Comment traumatiser votre enfant (how to traumatize your children) Jen Bilik & Jamie Thomson Stern 2011
Parent bienveillant Florence Millot 2019

Qu’en ai-je appris ?

  • Que l’orthodoxie en matière d’éducation est très dépendante du lieu et de l’époque. Là-dessus, les ouvrages récents sont plus relativistes et moins dogmatiques que les anciens.
  • Que si le curseur « père Noël – père fouettard » varie selon les ouvrages (parfois drastiquement), en réalité ce n’est pas là que se situe la problématique ! Être un « bon parent », c’est parvenir à s’extraire de cette antagonisme « père Noël –  père fouettard » pour favoriser l’émancipation et l’épanouissement de son enfant. Comment ? En prenant en considération les caractéristiques constitutives de son essence. Le parent se fait alors promoteur.

Les 3 P de la parentalité

  • Que certains préceptes véhiculés par ces ouvrages sont universels. Ils transcendent les époques et les sensibilités personnelles des auteurs. En outre, ils se transposent très bien à d’autres domaines, notamment le management. En voici 7 :

1. Renoncez au fantasme d’une parentalité parfaite

Pour s’améliorer en tant que parent, il faut commencer par accepter les erreurs passées et à venir. Si au tennis, vous vous énervez et vous découragez à la première balle envoyée dans le filet, vous ne ferez jamais de progrès. En parentalité c’est pareil.

Ni vous ni votre enfant n’êtes des êtres parfaits. Votre relation avec lui ne le sera pas non plus. Tôt ou tard, vous direz ou ferez des choses que vous regretterez.

Ne culpabilisez pas et continuez à aller de l’avant. Les enfants oublient vite. Et s’ils n’oublient pas, ils pardonnent 🙂

Témoignage de Maman : avec ma fille de 4 ans, j’essaie de ne jamais élever la voix. Pourtant, cela m’arrive presque tous les jours, pour une raison ou pour une autre : refus d’obtempérer, jeux trop bruyants, comportement à risque. Cela dit, nous le vivons bien. Ces moments de tension sont vite oubliés et n’entachent en rien notre relation par ailleurs idyllique.

2. Ne vous sacrifiez pas pour votre enfant

Vous n’êtes pas qu’un parent. Vous avez aussi une vie amoureuse, sociale et professionnelle. N’y renoncez pas (totalement) !

Tôt ou tard , les sacrifices que vous consentez pour votre enfant vous desserviront tous les deux : frustration pour vous, sur-dépendance pour lui. Un enfant s’épanouira mieux au contact d’un adulte qui s’accomplit, même s’il le voit moins souvent, qu’au contact d’un adulte amoindri et omniprésent.

Témoignage de Papa : à titre personnel, j’ai beaucoup de mal à m’éloigner de la maison, pour motif professionnel ou autre. Pourtant, lorsque cela m’arrive, mes enfants me font la fête quand je rentre et je suis ravi de les revoir : nous nous sommes donné un temps de respiration qui nous permet de nous aimer encore plus fort.

3. Cherchez à comprendre votre enfant avant d’être compris par lui

Les enfants ne sont pas des adultes miniatures. Ils ont une psychologie et une perception du monde qui leur sont propre. Des choses insignifiantes pour nous peuvent se révéler très importantes pour eux (et vice versa).

D’autre part, ils n’ont pas la même capacité à rester concentré que les adultes. Si vous créez une situation éprouvante pour votre enfant (supermarché, restaurant), ne vous offusquez au moment où il craque.

Votre enfant est comme il est, pas comme vous souhaitez qu’il soit. Acceptez-le et agissez en conséquence.

Témoignage de Maman : avant, je regardais avec un mélange d’amusement et de pitié les mères au bord de la crise de nerfs dont l’enfant se roulait par terre au supermarché. Je ne pensais pas que ça m’arriverait un jour. J’avais tort...

4. Privilégiez la relation aux aspects matériels

Pour bien grandir, un enfant a besoin de sérénité et d’amour (matérialisés par vos gestes d’affection, votre présence, votre écoute, vos paroles rassurantes, vos moments complices), pas de tenues impeccables ni de jouets dernier cri.

En fait, le bien-être à long terme de l’enfant dépend surtout de sa capacité à développer son identité. Cette identité se développe à partir de :

  • ses racines / origines : « Qui étaient mes parents ? » ; « Dans quelles conditions ai-je été conçu ? »
  • de l’affection que l’enfant reçoit de ses figures d’attachement : « Suis-je aimé(e) ? » ; « En quoi suis-je spécial(e) ? »
  • de sa place dans la famille : « Qu’est-ce que je représente pour mes parents, mes frères et soeurs, etc. ? »

Si vous êtes en mesure d’apporter à l’enfant des réponses satisfaisantes à ces questions, tous les aspects matériels deviennent éminemment accessoires.

Témoignage de Maman : pour Noël, nous avons acheté à ma fille les jouets sophistiqués qu’elle avait commandé : bateau pirate Playmobil et château Sylvanian Families. Pourtant, au final, ce qu’elle a préféré, c’est un jeu de construction tout bête avec des planchettes en bois, et ce parce qu’elle pouvait y jouer avec son papa.

5. Incarnez une figure d’autorité bienveillante mais intransigeante

Les enfants cherchent constamment les limites et se sentent rassurés quand ils les trouvent. Les enfants sentent bien en leur for intérieur qu’ils ne sont pas encore de taille à affronter le monde et qu’ils ont besoin de la protection des adultes.

Les enfants testent alors inconsciemment la patience et l’autorité de leurs parents pour en vérifier la solidité, la constance, la fiabilité.

Si un parent se montre sévère mais juste, son enfant le respectera (et s’y attachera) d’autant plus. En effet, les enfants, même très jeunes, sont capables d’apprécier le franchissement d’une limite, pour peu que celle-ci ait été clairement définie.

Témoignage de petit garçon : ma Maman m’a acheté un tableau de récompenses. À chaque fois que je fais une “réussite”, Maman place une étoile sur le tableau. À chaque fois que je fais une bêtise, elle en retire une. Quand j’aurai 30 étoiles, je recevrai un ballon de foot. Trop bien !

6. Soyez congruents : pensez vraiment ce que vous dites

Si vous ne croyez pas en ce que vous dites ou que vous adoptez un comportement en contradiction, votre enfant le percevra et rechignera à obéir. Si vous dites : « Faites ce que dis, pas ce que je fais », l’enfant entendra « Bla, bla, bla, bla, pookie » (ce qui à long terme pourrait causer des dommages irréversibles sur son cerveau).

L’orientation des comportements se fait avant tout par l’exemple. Les enfants observent minutieusement les comportements spontanés de leurs parents et cherchent instinctivement à les reproduire.

Témoignage de Maman : lors des repas, ma fille faisait parfois des difficultés pour manger certains légumes. Au début, j’insistais pour qu’elle les goûte. Maintenant, je dis : « tant mieux, ça en fera plus pour les autres ». Ma fille voit bien qu’avec mon mari, on se régale, et du coup, toutes choses considérées, elle en prend aussi.

7. Faites-vous confiance en tant que parent

Le plus important pour un parent, c’est d’avoir le désir d’agir dans le meilleur intérêt de l’enfant. Tout le reste n’est que littérature.

La doxa prônée par les manuels de parentalité évolue constamment : position de couchage du nourrisson, châtiments corporels, exposition aux écrans, etc. Cela montre qu’il n’y a pas qu’une manière de bien faire, ou tout du moins que si elle existe, elle est loin d’être indiscutable.

D’autre part, les conseils prodigués par les manuels de parentalité sont nécessairement génériques. Ils ne sont pas toujours adaptés à votre contexte, à vos croyances / valeurs personnelles ou bien à votre style comportemental.

Au bout du compte, c’est vous qui vivez avec votre enfant au quotidien et qui le connaissez le mieux. Testez et voyez ce qui fonctionne avec lui, sans trop d’a priori, et tant pis si ça ne cadre pas avec les canons de parentalité du moment.

Témoignage de Papa:  le week-end, nous donnons accès à la tablette à notre fils de 3 ans ½ pour regarder des dessins animés. Contre toute attente, il se régule très bien tout seul. Il est content, apprend des choses, stimule son imaginaire et nous pendant ce temps, on a la paix 🙂

CONCLUSION

La parentalité est une merveilleuse aventure, jalonnée de petites tracasseries et de grandes joies. Par bien des aspects, les enfants nous tirent vers le haut : responsabilité, pédagogie, patience… se développer en tant que parent permet surtout de se développer en tant que personne.

Éduquer, ce n’est pas qu’orienter les comportements de l’enfant via un système de récompenses et de punitions, c’est aussi accompagner l’enfant dans l’élaboration de son propre système de récompenses et de punitions. En un mot, c’est l’accompagner vers l’autonomie.

Cela nous renvoie d’ailleurs à la question de notre propre autonomie vis-à-vis de nos parents (“Avons-nous bien coupé le cordon ?”), mais c’est un autre sujet pour un autre jour.

Et vous ?

Quel type de parent êtes-vous ? Êtes-vous surtout un “père Noël”, un “père fouettard” ou un “promoteur” ?

Lequel des 7 préceptes universels présentés dans cet article devriez-vous davantage mettre en application ? Comment allez-vous vous y prendre ? Comment saurez-vous que vous y êtes parvenu ?

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