Sauf erreur, je ne me trompe jamais
Sauf erreur, je ne me trompe jamais

Chaque jour, nous prenons une myriade de petites décisions. Dans le tas, nous commettons forcément des erreurs, dont la plupart sont heureusement sans conséquence.

Confrontés à des enjeux plus importants, nous élevons notre niveau d’attention pour éviter les erreurs. Mais cela ne fonctionne pas toujours.

Et pour cause, nous éprouvons des difficultés à anticiper les erreurs (sinon nous ne les commettrions pas) et à les reconnaître (sinon nous ne les répéterions pas).

Qu’est-ce qu’une erreur ? Pourquoi est-ce si difficile de les reconnaître ? Comment les exploiter au mieux ?

Toutes les réponses MAINTENANT !

1 – QU’EST-CE QU’UNE ERREUR ?

Première constatation : on peut être dans l’erreur ou commettre une erreur, ce n’est pas tout à fait la même chose.

A – Être dans l’erreur

Être dans l’erreur, c’est tenir pour vrai ce qui est faux, et inversement.

La notion d’erreur dépend ici de celle de véritéOr la vérité ne s’applique pas à grand-chose en dehors de la sphère logico-mathématique. 

Dans le monde réel, comme l’a dit le physicien Nils Bohr : « le contraire d’une vérité profonde peut très bien être une autre vérité profonde ».

En conséquence, nos croyances, nos convictions ou nos opinions peuvent rarement être qualifiées de fausses. Nous sommes rarement dans l’erreur.

Pourtant, sans être forcément dans l’erreur, nous en commettons très souvent.

B – Commettre une erreur

Commettre une erreur, c’est faire un choix menant in fine à un résultat « objectivement décevant », et ce en l’absence de forces extérieures « imprévisibles ».

Quelle que soit l’origine du résultat décevant (mauvais choix ou mauvaise exécution de ce choix), l’erreur peut toujours être imputée au choix.

Pour illustrer cela, imaginons que vous jouez au tennis et que vous êtes au service.

Vous servez. Trois issues sont possibles :

  1. Votre adversaire ne parvient pas à retourner votre service ou alors renvoie une balle qui vous met en position favorable dans l’échange. A priori, vous n’avez pas fait d’erreur.
  2. Votre balle ne passe pas le filet ou atterrit en dehors du carré de service. Vous n’aviez pas choisi de faire une faute, mais votre dextérité vous a fait défaut. L’erreur réside donc dans une prise de risque excessive.
  3. Votre adversaire décoche un retour qui vous met en position défavorable dans l’échange. Ici, l’erreur réside soit dans le choix d’un service trop « téléphoné », soit dans une exécution défectueuse (auquel cas, le choix du type de service n’était pas judicieux). Dans l’éventualité, toujours possible, d’un « trait de génie » de votre adversaire, vous n’avez pas fait d’erreur.

C – L’erreur est une affaire de probabilités, pas de résultat effectif

Les facteurs extérieurs et le hasard jouent souvent un rôle important sur le résultat de nos choix. Dans une certaine mesure, nos choix se font dans l’incertain.

En conséquence, nos erreurs devraient être reconnues comme telles sur une base probabiliste et non sur une base rétrospective.

Continuons avec notre exemple du tennis :

Au cours de la partie, à chaque fois que j’ai servi « court croisé », j’ai remporté le point. Devant sauver une balle de break, je choisis de servir à nouveau « court croisé ». Cette fois-ci, je perds le point. Pour autant, cela ne devrait pas être considéré comme une erreur.

 

2 – LES 5 CLASSES D’ERREURS

Toutes les erreurs se valent-elles ? Certainement pas !

J’ai répertorié 5 classes d’erreurs, ordonnancées par gravité croissante : l’erreur exploratoire, l’erreur d’inattention, l’erreur de logique, l’erreur d’affect et enfin l’erreur idéologique.

Niveau 1 : L’erreur exploratoire

Ce type d’erreur permet de glaner de l’expérience et de collecter de l’information. Il permet de sculpter des représentations autour de ce qui n’est pas.

Ainsi, Thomas Edison disait qu’il n’a pas eu 1000 échecs avant de réussir à créer l’ampoule électrique, mais qu’il a réussi à trouver 1000 façons de ne pas faire une ampoule.

L’erreur exploratoire est au service de l’apprentissage, de la recherche, de l’invention.

Niveau 2 : l’erreur d’inattention

Ce type d’erreur provient d’une inadéquation entre l’attention accordée à une tâche et l’attention nécessaire pour la mener à bien.

En général, nous commettons des erreurs d’inattention lorsque leurs conséquences potentielles sont minimes. Lorsque les conséquences ne sont pas minimes, les erreurs d’inattention sont jugées (et parfois punies) sévèrement.

Ex. Les accidents de la route dus à l’envoi de SMS au volant.

Niveau 3 : l’erreur de logique

Ici, toute l’information nécessaire à un choix optimal est connue. Ce qui fait défaut, c’est la capacité à l’identifier.

Nos capacités logiques laissent parfois à désirer. Par exemple, nous pouvons facilement nous laisser duper par des raisonnements syllogistiques, de type : les chats sont mortels ; Socrate est mortel ; donc Socrate est un chat.

Une petite devinette :

J’ai acheté une raquette et une balle de ping-pong pour 1,10€. La raquette coûte 1€ de plus que la balle. Quel est le prix de la balle ?

Niveau 4 : l’erreur d’affect

Ici, les émotions et sentiments viennent obscurcir le jugement et gêner la prise de décision rationnelle. C’est un ressort utilisé couramment dans la vente ou en politique.

Qui que nous soyons, les émotions jouent un rôle prépondérant dans nos choix. Ne pas en être pleinement conscient peut s’avérer dangereux.

Ex. Christian Ranucci, accusé du meurtre d’une fillette en 1974, a sûrement pâtit d’une réaction émotionnelle excessive de la police, de la justice, des médias et de l’opinion publique, au regard du crime odieux dont il était accusé. Cela a gravement compromis l’impartialité de son procès. Il a été condamné à mort et exécuté en 1976. Aujourd’hui, de sérieux doutes subsistent quant à sa culpabilité.

Niveau 5 : l’erreur idéologique

Une idéologie est un système cohérent d’idées, articulées autour d’une certaine vision du monde (ex. le progrès par la science, Dieu et mon droit, le partage équitable des richesses entre les hommes, etc.). Les idéologies tendent à ériger des croyances en vérités absolues, immuables, devant triompher à tout prix…

Cela génère deux sous-types d’erreur :

1- L’auto-aveuglement, visant à dissiper les contradictions entre croyances et réalité.

Ex. les platistes (flat earthers), qui défendent l’idée d’une Terre plate, déploient des trésors d’inventivité (et de mauvaise foi) pour protéger la croyance qui les rend spéciaux.

2 – Les actes légitimés abusivement par l’idéologie, au nom de l’Intérêt Supérieur. 

Ex. les crimes du nazisme, du communisme et du christianisme à l’époque de l’Inquisition et des persécutions des Protestants.

 

3 – POURQUOI EST-CE SI DUR DE RECONNAÎTRE SES ERREURS ?

Les erreurs ne peuvent pas être détectées par le même mode de pensée que celui qui les a créées. La pensée unilatérale est le responsable principal de notre incapacité à identifier efficacement nos erreurs. L’autre responsable est notre difficulté à sortir de notre position de perception.

Voici 5 raisons spécifiques, qui découlent soit d’une pensée unilatérale ; soit d’une incapacité à s’extraire de sa position de perception ; soit des deux :

A – Biais de représentativité et biais rétrospectif

Lorsque nous obtenons un résultat favorable, nous présumons que notre choix était forcément le bon. Nous ne nous rendons pas compte que nous avons eu de la chance et que la prochaine fois, ce ne sera pas forcément le cas. Cela s’appelle le biais de représentativité.

Ex. J’ai eu raison de placer toutes mes économies dans ce fonds Madoff. Il me rapporte 15% de rendements depuis trois ans.

Lorsque le résultat est décevant, on a l’impression de savoir, après coup, ce qu’on aurait dû ou pu faire. C’est ce qu’on appelle le biais rétrospectif : on surestime le fait que les événements auraient pu être mieux anticipés moyennant davantage de prévoyance ou de clairvoyance, suite à quoi, on s’attribue – parfois à tort – des erreurs.

Ex. Je n’aurais jamais dû confier mon argent à Bernard Madoff. J’aurais dû flairer l’entourloupe. 15% par an, ce n’est pas réaliste.

B – Un ego à protéger

Les erreurs minent la confiance en soi (capacité à mener à bien une tâche) et l’estime de soi (valeur que l’on s’accorde en tant qu’individu). Elles constituent des rappels douloureux de notre imperfection et de notre incapacité à nous en extraire.

Pour éviter de commettre des erreurs, une solution évidente serait de fuir les situations propices à l’erreur. En fait, ce n’est pas une très bonne stratégie. À long terme, cela provoque une régression des capacités d’adaptation et de remise en cause, propice au repli sur soi.

C – La résistance au changement

Nous avons tendance à vouloir rester dans le confort de ce que nous connaissons. Modifier ses comportements, ses compétences ou ses croyances représente un coût que nous ne sommes pas toujours prêts à consentir.

Reconnaître qu’on s’est trompé, c’est assumer le désagrément de recommencer ou rectifier son erreur.

Ex. Savez-vous éplucher une banane ? La meilleure façon, c’est par le bas (à la manière des chimpanzés), et non par le haut . Voici une vidéo qui montre comment procéder : 

Maintenant que vous le savez, allez-vous changer la manière dont vous épluchez les bananes ? C’est bien ce que je pensais…

D – Le manque de recul temporel

L’appréciation des conséquences d’une décision varie souvent en fonction de son horizon temporel. Dans bien des cas, ce qui semble à un certain moment une erreur s’avère être un coup de génie et vice versa.

Exemple : Jeff Bezos a quitté un emploi lucratif (1 million de dollars par an) pour fonder Amazon en 1995. Cinq ans plus tard, la société ne faisait toujours pas de bénéfice, provoquant la colère des actionnaires et le scepticisme de certains analystes financiers. Aujourd’hui, Amazon dépasse les 500 milliards de capitalisation boursière et Jeff Bezos est l’homme le plus riche du monde.

E – Les comparaisons impossibles

Dans la vie, lorsqu’on s’engage sur une voie donnée, on ne sait jamais ce qui se serait passé si on avait pris une autre voie. Face à ce constat, il est parfois impossible de distinguer un bon choix d’une erreur.

Le principe de réalité alternative issues d’un choix a inspiré de nombreux films :  Cours, Lola, cours ; Family Man ; Smoking No Smoking ; Un jour sans fin ; Edge of tomorrow ; Code source ; 30 ans sinon rien ; Pile & Face et Mr. Nobody pour n’en citer que quelques-uns.

 

4 – COMMENT EXPLOITER SES ERREURS ?

Une erreur ne peut être exploitée que si elle est identifiée et acceptée. Surtout, il est important de se pardonner ses erreurs pour pouvoir aller de l’avant et construire dessus.

Je pars de ce principe dans les paragraphes qui suivent.

Voici trois manières dont les erreurs nous aident à nous améliorer :

A – L’erreur pédagogique

L’erreur constitue un merveilleux vecteur d’apprentissage. Elle permet de savoir pourquoi on fait « comme cela » et pas « autrement ».

Chaque erreur constitue une opportunité d’apprendre quelque chose. « Il n’y a pas d’échec. Seulement du retour d’expérience. »

Les personnes qui accomplissent le plus dans la vie commettent autant d’erreurs que les autres. En revanche, elles sont plus enclines à les reconnaître et à en tenir compte.

Ex. Les enfants apprennent beaucoup mieux les langues que les adultes. Non seulement grâce à la plasticité de leur cerveau, mais aussi et surtout grâce à leur inhibition moindre vis-à-vis de l’erreur.

B – L’adaptation compensatoire

Une erreur engendre parfois une situation nouvelle qui appelle une action compensatoire ou correctrice, donnant ainsi l’opportunité d’apprendre quelque chose de nouveau.

Ex. Si je crève une roue (disons en roulant trop près de l’accotement), cela me donne l’occasion d’apprendre à changer une roue, compétence utile pour aider mes concitoyens en détresse.

C – L’erreur créative

Dans les domaines de la science et de l’invention technique, de nombreuses découvertes sont réalisées à la suite d’une erreur, d’une maladresse ou d’un dysfonctionnement (exemples : la plupart des édulcorants intenses, le pacemaker, la fission de l’atome). On appelle cela sérendipité. Un principe équivalent d’erreur créative s’applique de nombreux autres domaines (arts, cuisine, comptabilité, etc.). 

Les erreurs représentent une formidable occasion de sortir des sentiers battus et de faire émerger des choses innovantes, créatives, inédites.

 

CONCLUSION

Les erreurs font partie de la vie :

  • Ce que nous tenons pour vrai ne l’est pas toujours (voire pas du tout).
  • Nous ne nous y prenons pas toujours comme il faudrait.

Ce n’est pas si grave.

Le plus important avec les erreurs, ce n’est pas d’éviter de les commettre, c’est de les reconnaître, de s’y adapter et d’en tirer les leçons, sans se juger trop sévèrement.

Et vous ?

Quelle a été votre plus grande erreur ? La regrettez-vous encore aujourd’hui ? Qu’en avez-vous tiré ?

Quelle erreur refusez-vous de voir ? Qu’est-ce qui vous manque pour ouvrir les yeux ? Qu’est-ce qui va changer quand ce sera le cas ?

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