5 grands leaders, 5 styles radicalement différents
5 grands leaders, 5 styles radicalement différents

Quelle est la qualité la plus importante d’un bon leader ? Posez cette question à 10 personnes et vous aurez certainement 10 réponses différentes.
On peut citer par exemple : l’esprit entrepreneurial, la vision stratégique, le charisme, la puissance de travail, la résilience, l’empathie, l’éthique, le courage, l’habileté politique, la capacité à « trancher dans le vif ».
La raison pour laquelle il existe autant de réponses est que la qualité la plus importante – quand il y en a une – est liée au contexte.
Le succès d’un leader dépend avant tout de l’adéquation entre ses qualités personnelles et le milieu dans lequel il évolue (culture et maturité de l’entreprise, clients, concurrence, etc.)
Si certains leaders parviennent – dans une certaine mesure – à adapter leur style de direction aux situations qu’ils rencontrent, personne ne peut véritablement exceller dans toutes les dimensions du leadership.

Ceci étant dit, je vous propose aujourd’hui 5 success stories américaines initiées par des dirigeants d’exception, dans des styles radicalement différents.

1 – Mickey DREXLER – GAP – CEO de 1992 à 2002 –  le micro-manager génial

L’histoire : au cours des années 90, Mickey Drexler a transformé GAP, un réseau de magasins de vêtements de taille moyenne, en véritable empire de la mode urbaine populaire, faisant passer en dix ans le chiffre d’affaires de la société de $0,5 Mds à $15 Mds.

L’homme : au moment de son accession à la tête de GAP, dix ans après son arrivée, Drexler disposait d’une vaste expérience du marché vestimentaire américain, acquise en sus chez Bloomingdale’s, Macy’s et Ann Taylor. En termes de style managérial, Drexler est extrêmement exigeant avec ses collaborateurs (qui décrivent le travail avec lui comme à la fois très difficile et très gratifiant), attentif aux détails et orienté client. Il s’implique personnellement dans toutes les étapes de la chaîne de valeur : négociations avec les fournisseurs, choix des mannequins pour les catalogues, communiqués de presse, décoration et disposition des boutiques…

Ses points forts : connaissance du marché, capacité à anticiper les tendances, vision claire du pourquoi, du quoi et surtout du comment.

Pourquoi ça a fonctionné ?

  • Parce que l’univers concerné est d’une complexité maîtrisable et que les produits finaux y sont rapidement contrôlables (comparé par exemple à un ordinateur ou un moteur d’avion).
  • Parce que Drexler savait exactement ce qu’il voulait et comment transmettre sa vision à ses collaborateurs.

2 – Larry ELLISON – Oracle – CEO de 1977 à 2014 – l’hyper-commercial revanchard

L’histoire : À l’âge de 34 ans, après quelques années dans le monde de la programmation informatique, Larry Ellison co-fonde en 1977 une société au capital de $2 000 (dont $1 200 provenant d’Ellison), visant à créer et commercialiser le premier système de gestion de bases de données, inspiré d’un article d’Edgard Codd (un chercheur d’IBM) décrivant le premier modèle relationnel. Dans les années 1980, Ellison et Oracle ont rendu accessible à l’ensemble des entreprises le stockage et la manipulation en masse des données, transformant radicalement leur mode de fonctionnement et faisant émerger de nouvelles possibilités.

L’homme :  D’origines modestes et n’ayant jamais terminé ses études supérieures, Larry ne correspond pas exactement aux canons du leader moderne : il est autocratique, égocentrique et très « m’as-tu-vu ». En revanche, il dispose d’une extraordinaire capacité à convaincre n’importe quel client de lui acheter un produit qui n’existe pas encore. Et surtout, il est déterminé à devenir numéro 1, quoi qu’il en coûte : pour lui, les concurrents sont des adversaires qu’il faut annihiler. Au sein de son entreprise, les “forts” gagnent des millions, les “faibles” prennent la porte. Cette philosophie a d’ailleurs failli causer la ruine d’Oracle au début des années 1990, à cause d’un carnet de commande rempli des ventes douteuses encouragées par une politique de rémunération des commerciaux trop agressive.

Ses points forts : vision, audace, assurance, bagou, ténacité.

Pourquoi ça a fonctionné ?

  • Parce que son attitude fournit un parfait contrepoint dans le milieu des informaticiens, caractérisé par l’introversion, la véracité des faits, l’élégance des constructions logiques.
  • Parce que les techniciens ont fait ce qu’il fallait pour délivrer ce qu’Ellison avait vendu (Bob Meiner, Ed Oates et Bruce Scott sont les artisans méconnus des premiers succès d’Oracle).

3 – Lou GERSTNER – IBM – CEO de 1993 à 2002 – le charmeur d’éléphants

L’histoire : Appelé en 1993 au chevet du géant informatique mal en point, Lou Gerstner a fait entrer IBM dans l’ère de l’e-business. En moins de dix ans, la capitalisation boursière du groupe est passée de 29 à 168 milliards de dollars. Gerstner a repris les rênes d’une entreprise fortement individualiste, consensuelle et technocratique, lui a fait prendre conscience de la gravité et de l’urgence de sa situation, et en a changé progressivement la culture pour favoriser l’esprit d’équipe et mieux orienter les énergies vers le client, en répondant à leurs problématiques business par des solutions intégrées .

L’homme : En arrivant chez IBM, Lou Gerstner n’avait aucune légitimité technique (n’ayant jamais travaillé dans le secteur informatique). En revanche, il jouissait d’une forte légitimité organisationnelle (en tant qu’ancien de Mc Kinsey, et ancien patron d’American Express et RJR Nabisco). Ses collaborateurs le décrivent comme authentique et fortement analytique. Lui se décrit comme compétitif, concentré, franc et rugueux. Il dit que son style de leadership consiste essentiellement à faire craindre à ses collaborateurs l’immobilisme et l’absence de prise de risque.

Ses points forts : clairvoyance, intransigeance, habileté relationnelle et politique.

Pourquoi ça a fonctionné :

  • Parce qu’IBM disposait déjà des ressources en interne (intelligence, talent, motivation), attendant simplement d’être mieux exploitées.
  • Parce qu’à ce stade, IBM n’avait plus rien à perdre. Un démembrement était sérieusement envisagé. Il fallait donc soit adhérer à la proposition de changement de Gerstner, soit se résigner à péricliter.

4 – Fred SMITH – Fed Ex – CEO depuis 1971 – les ailes du courage

L’histoire : Fred Smith a créé Fed Ex en 1971 sur l’idée d’un service de livraison du jour au lendemain reposant sur une chaîne logistique sol-air intégrée et sur un système de compensations comparable à ce qui se fait dans la finance. 47 ans plus tard, Fed Ex totalise 425 000 employés et délivre annuellement 3,5 Mds de colis dans plus de 220 pays.

L’homme : Issu d’un milieu (très) aisé, pilote amateur, élève de Yale (où il était ami à la fois avec John Kerry et George W Bush), Fred Smith aurait pu se contenter d’une vie paisible de nanti. Mais son diplôme d’économie en poche, il s’est engagé dans le corps des marines et a pris part à plus de 200 missions de combat au Viêt-Nam. Après cela, en 1971, Fred Smith a investi toute sa fortune ($4 M de l’époque, soit $24 M d’aujourd’hui) et levé $91 M en capital risque (525 M$ d’aujourd’hui) pour matérialiser sa vision et œuvrer pour l’intérêt commun. Son expérience de la guerre lui a permis de relativiser la prise de risque financière (perdre son argent n’est rien comparé à perdre la vie). À ce propos, voici une anecdote savoureuse : dans les premiers jours de FedEx, Smith s’est vu contraint d’aller jouer les derniers $5 000 de la société au blackjack… Et il a remporté les $ 27 000 nécessaires pour couvrir la facture de carburant de l’entreprise et continuer son activité !

Ses points forts : vision, prise de risque, perfectionnisme, sens de l’engagement, autorité, capacités à s’effacer et à fédérer.

Pourquoi ça a fonctionné :

  • Parce qu’avant de se lancer, Fred Smith n’était pas pleinement conscient de tous les obstacles qu’il faudrait lever (législatifs notamment)
  • Parce que sa culture d’entreprise de service client (« making every customer experience outstanding »), d’amélioration continue et d’innovation ont permis à l’activité de grandir en maintenant des standards de qualité élevés.
  • Parce que les fondamentaux du business sont bons. Le service de livraison express rendu par Fed Ex est hautement désirable, qui plus est à l’ère de l’e-commerce.

5 – John Chambers – CISCO – CEO de 1995 à 2015 – L’ange de l’Internet

L’histoire : Au cours des vingt années passées à la tête de Cisco, John Chambers a transformé profondément l’entreprise en lui donnant une dimension mondiale, passant de 1,2 milliard de dollars de chiffre d’affaires à 47 milliards, et de 2 500 salariés à plus de 70 000. Pour y parvenir, il a mené une politique d’acquisition vigoureuse, rachetant un total de 168 entreprises, et de diversification des activités. Au-delà des infrastructures de réseau (33% de parts de marché au niveau mondial) et des serveurs, le groupe est aujourd’hui présent sur les activités liées à la voix, la vidéo, les réseaux de stockage, les capteurs et la cybersécurité.

L’homme : Ingénieur de formation, titulaire d’un MBA, vendeur de talent, John Chambers connaît bien le monde de la technologie lorsqu’il rejoint à 42 ans Cisco en tant que Vice-Président des Opérations Monde. Là, sa personnalité et ses compétences font l’unanimité, ce qui lui permet, 4 ans plus tard, en 1995, de devenir CEO. Ses collaborateurs ne sont pas avares de compliments à son égard : enthousiaste, fidèle, optimiste, passionné, courageux, altruiste (“team player”), habilitant (“empowering”), ouvert d’esprit, intègre, compétitif (de manière ludique, non agressive). Alors qu’il traite d’opérations complexes à plusieurs milliards de dollars et côtoie les grands de ce monde (notamment Clinton et son administration pendant la phase de déploiement des autoroutes de l’information), il trouve le temps de se préoccuper de la santé de ses employés et de leur famille.

Ses points forts : charme, énergie, compassion, écoute, capacité à penser « out of the box » (il est dyslexique), responsabilité sociale.

Pourquoi ça a fonctionné :

  • Parce que le marché principal de Cisco, celui du matériel réseau, a connu une forte croissance mondiale avec l’avènement d’internet.
  • Parce que si le leader parfait n’est pas de ce monde, on s’en approche de très près avec John Chambers.

Conclusion

Et vous ? De qui vous sentez-vous le plus proche ? À qui aimeriez-vous ressembler en tant que leader ? Et surtout, quel mélange unique et détonnant de vos qualités propres fera de vous le leader de demain ?

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