« It’s a long way to the top » – Partie 1 : du novice au spécialiste
« It’s a long way to the top » – Partie 1 : du novice au spécialiste

Dans mon article précédent je vous ai présenté les 3 stades de développement managériaux que l’on peut espérer atteindre au cours d’une carrière professionnelle : 1) Technicien / Spécialiste ; 2) Hiérarchique / Manager ; 3) Stratège / Leader.

Dans cet article et les deux suivants, nous allons nous concentrer sur chacun de ces stades, et plus précisément sur les prises de conscience nécessaires pour les atteindre pleinement.

Aujourd’hui je vais donc vous présenter les croyances nécessaires au passage du stade de novice à celui de technicien / spécialiste.

CE QU’EST UN TECHNICIEN / SPÉCIALISTE

Le technicien/ spécialiste est typiquement celui qui est porteur de la proposition de valeur de son organisation, en effectuant un métier à fort niveau de technicité et d’expertise. Il se concentre sur le contenu, le fond (et non : le processus, la vision d’ensemble ou la finalité globale).

Exemples : un chirurgien dans un hôpital, un pilote dans une compagnie aérienne, un cuisinier dans un restaurant, un pilote d’avion dans une compagnie aérienne, un architecte dans un cabinet d’architectes, un ingénieur dans une compagnie high tech, etc.

À noter : les techniciens/spécialistes peuvent également intervenir dans les services « support » des organisations : juridique, comptabilité, contrôle de gestion, SI, RH, etc. Ils y développent alors une expertise « hybride » entre leur domaine de compétence et les spécificités de leur organisation.

Quoi qu’il en soit, pour le novice fraîchement débarqué de l’école, la route pour un devenir spécialiste chevronné sera longue… Plusieurs milliers d’heures, au bas mot. Le chiffre de 10 000 heures, proposé par l’auteur à succès Malcolm Gladwell semble bien ancré dans l’inconscient collectif. Partons là-dessus.

10 000 heures, ça représente (juste) 5 ans de travail à temps plein, aux heures ouvrables. Au bout de 5 ans, un professionnel peut donc potentiellement devenir non pas un spécialiste, mais un maître ! Evidemment, c’est loin d’être le cas…

Pourquoi ça ne l’est pas ?

Question de temps effectif consacré à se former, question de talent, de motivation, certes, mais pas seulement…. Atteindre son plein potentiel, c’est avant tout une question de croyances. Le reste, en général, suit.

PRISE DE CONSCIENCE N°1 : « LA CARTE N’EST PAS LE TERRITOIRE »

En arrivant sur le marché du travail, on se rend rapidement compte qu’il y a un écart certain entre la théorie (nos études) et la pratique.

 La prise de conscience se fait généralement après la première réunion, lorsque notre chef nous demande de produire le compte-rendu. On lui livre le lendemain les minutes de la réunion, retranscrites aussi fidèlement que possible (malgré l’omniprésence dans les conversations d’acronymes barbares et d’expressions cryptiques) et notre chef nous répond que merci, mais ce n’est pas cela qu’il attendait…

En réalité, quand on entre sur le marché du travail, c’est tout un ensemble de choses qui doivent être réapprises : éléments de langage, modes comportementaux, nature et niveau d’exigence sur le travail réalisé.

La qualité première du jeune professionnel, à ce moment-là et pour le reste de sa carrière, c’est l’humilité :

  • Ne pas présumer que l’on sait déjà.
  • Accepter de ne pas savoir (et de demander), de se tromper (et de le signaler).
  • Mesurer à quel point on peut apprendre de collègues (de tous types et de tous horizons)

Croyances limitantes à abandonner :

  • « L’entreprise est un prolongement de l’école »

On ne travaille plus « pour soi », on travaille pour l’organisation. Il y a rarement une unique « bonne réponse » et si jamais c’est le cas, elle ne se trouve JAMAIS dans un livre.

  • « Je n’ai pas besoin de faire mes preuves »

Votre diplôme ne signifie rien. Aucune tâche n’est a priori en dessous de vos capacités.

  • « Les vieux sont à la masse »

Les jeunes professionnels ont parfois tendance à se montrer condescendants vis-à-vis des collaborateurs qui ont commencé à travailler avant l’utilisation systématique des ordinateurs et qui ne se sont jamais mis complètement à la page. Ce que ces personnes n’ont pas en « digital nativeness », ils l’ont souvent en finesse et profondeur de raisonnement.

PRISE DE CONSCIENCE N°2 : « LA COMPÉTENCE SE MODÉLISE ET SE CONSCIENTISE »

Sur une durée suffisamment longue, le niveau professionnel qu’on atteint est celui qu’on veut bien s’octroyer :  celui dont on se sent digne, celui le plus en rapport avec les sacrifices qu’on est prêt à consentir.

Certes, progresser est une question d’implication et de persévérance, mais c’est en premier lieu une question de vision, de conscience.

Le premier pas vers la compétence, c’est : être en mesure de la reconnaître, comprendre en quoi elle consiste, ce qu’elle nécessite (en termes de capacités et de connaissances) et enfin comment obtenir ce qu’elle nécessite.

 Pour cela, il est fructueux :

  • D’observer et demander des conseils aux top performers
  • D’évaluer le plus objectivement possible son niveau actuel de performance
  • D’établir un programme personnalisé pour progresser (connaissances, pratique et expériences). Note : Le programme ne fonctionne que si on a confiance dans le programme (aussi bien dans sa finalité que son efficacité).

Croyances limitantes à abandonner :

  • « Mon niveau actuel est le reflet de qui je suis en tant que personne (un gros nul). Ça me déprime, donc je préfère penser à autre chose que chercher à améliorer mes compétences. »

Non, vous n’êtes pas votre niveau en Excel. Mais de grâce, apprenez à vous servir du  somme.si.ens et index(equiv(, comme ça vous pourrez laisser vos collègues enfin tranquilles.

  • « Certaines personnes ont un don naturel pour le métier que j’exerce. Ce n’est pas mon cas. Tant pis.  Après tout, ce n’est pas la fin du monde. »

Si, c’est la fin du monde ! Le talent, dans une certaine mesure, est une illusion… Il est impossible d’atteindre l’excellence sans y mettre les heures.  En réalité, les plus grands génies sont souvent d’abord des bourreaux de travail.  Mozart était surentrainé dès ses 5 ans, Jimi Hendrix vivait la guitare à la main du soir au matin, Maradona arrivait toujours le premier et repartait le dernier aux entraînements. 

  • « Il est acceptable de progresser malgré soi dans l’exercice de sa profession (sur le tas), mais progresser de manière consciente ne l’est pas, car c’est une forme d’arrivisme »

Progresser de manière consciente, ce n’est pas de l’arrivisme, c’est du professionnalisme. De plus, quitte à y passer 8 heures par jour, autant être bon dans ce qu’on fait, non ?

PRISE DE CONSCIENCE N°3 : « L’ART TRANSCENDE LA TECHNIQUE »

Ce qui différencie un grand professionnel d’un bon professionnel, c’est la capacité à aller au-delà de son champ technique (connaissances, expérience, savoir-faire) pour faire émerger des choses originales et élégantes.

Le technicien devient un spécialiste lorsqu’il maîtrise la technique au point de l’internaliser complètement et de la rendre complètement invisible aux yeux du profane.

La différence entre un chef 2 étoiles et un chef 3 étoiles ? Ce n’est pas seulement la qualité des produits, la maîtrise des cuissons et des saveurs, la constance des prestations dans le temps… C’est la personnalité du chef qui s’exprime à travers sa cuisine. Une cuisine 3 étoiles transcende la simple notion de nourriture. La nourriture devient un support pour raconter une histoire, éveiller des émotions, inviter au voyage, au rêve, à la contemplation.

Croyances limitantes à abandonner :

  • « La technique n’est pas si importante que cela ».

Faux ! C’est super important. Tous les grands spécialistes disposent de bases techniques très solides et « connaissent leurs classiques ».

  • « La technique se suffit à elle-même ».

Elle constitue un point de départ et non une finalité. Les autres (moins spécialistes) ne sont pas forcément en mesure d’en apprécier toute l’étendue. Le résultat ou l’intention derrière, en revanche, oui. Si vous êtes le meilleur technicien de votre service, félicitations, à présent demandez-vous comment vous allez le vendre.

CONCLUSION

Modifier ses croyances est un processus difficile et douloureux, mais souvent nécessaire pour continuer à progresser.

Et vous ? De quoi avez-vous encore besoin de vous convaincre pour devenir un meilleur spécialiste ? Qu’est-ce qui vous freine ? Et surtout, qu’allez-vous faire vis-à-vis de cela ?

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