La France est championne du monde et moi je m’en fous
La France est championne du monde et moi je m’en fous

15 Juillet 2018, 19:23, au terme d’une finale de rêve et d’une coupe du monde somptueuse, l’équipe de France de Football décroche sa deuxième étoile !

Peu à peu, la liesse s’empare des rues : les drapeaux volent au vent, les klaxons retentissent et les échanges se nouent spontanément autour du bonheur et de la fierté de ce qui vient de se produire.

Et moi dans tout ça ? Qu’est-ce que je ressens ?

Bien sûr, ça me fait plaisir que l’équipe de France se soit illustrée de la sorte : c’est la victoire du collectif et de la complémentarité ; de la rigueur et de l’abnégation ; de la fraîcheur et de l’insouciance. Je suis content pour les joueurs, pour Didier Deschamps, pour tout le staff technique, ainsi que tous ceux qui les soutiennent dans l’ombre depuis des années.

Mais en toute franchise, j’ai un peu de mal à m’associer à leur bonheur… Après tout, qu’ai-je fait pour eux ? Et d’ailleurs, en quoi la victoire de cette équipe pourrait-elle changer quoi que ce soit à mon quotidien ? Après tout, ce n’est que du foot, un jeu fondamentalement aléatoire (pour ne pas dire injuste) pratiqué par des millionnaires qui n’ont aucun sens des réalités.

Mais ce qui me frappe surtout, c’est à quel point ma façon de penser là-dessus a pu évoluer en 20 ans… Je repense au jeune garçon de 13 ans qui avait connu les émotions positives les plus fortes de sa vie à l’époque en voyant en 1998 la France devenir championne du monde pour la première fois de son histoire.

Et là je me suis dit : “Si la personne que je suis aujourd’hui pouvait rencontrer la personne que j’étais il y a 20 ans, qu’auraient-elles à se dire ? Quels conseils aurais-je à donner au Igor de 13 ans pour les 20 années à venir ? Et à l’inverse, qu’ai-je à apprendre de ce jeune garçon qui incarnait un “Moi” certainement plus authentique, dans la mesure où la vie ne l’avait pas encore trop dénaturé ?”

C’est de cela que je souhaiterais parler aujourd’hui.

I – Mais au fait, qui étais-je à 13 ans ?

Pour autant que je me souvienne, un vrai petit con ! Enfin, non, pas exactement…

En me regardant à travers le prisme d’aujourd’hui, je me trouverais probablement : brave, curieux, volontaire, malin (j’avais mon intelligence actuelle), mignon… mais aussi très immature et intolérant. Je m’étais construit, un peu en lien avec mon époque et mon milieu, une mentalité de petit macho, passablement rétrograde vis-à-vis de la condition féminine, du handicap, de la sexualité, de la différence en général.

J’avais aussi en moi une certaine appétence pour la destruction. On retrouve d’ailleurs cela chez beaucoup de jeunes mâles. Il me semble que ça a à voir avec la frustration sexuelle…

Enfin, je n’avais pas encore appris l’importance de la valeur “travail”. Dans mon système de valeurs, le don naturel devait suffire. Travailler, c’était s’avilir et en quelque sorte, “tricher” pour s’élever de manière illégitime au dessus de sa condition.

II – …Et qui suis-je à présent ?

Tout en étant resté le même, je suis devenu quelqu’un de différent, comme si des constructions nouvelles avaient émergé sur les fondations existantes, changeant la physionomie générale de la cité Igor.

Il s’en est passé des choses en 20 ans : l’alcool, internet, les filles, le brevet, le bac, le diplôme,  les voyages, les deuils, le monde du travail, le mariage, la parentalité. Mes opinions sur le foot, les femmes, l’homosexualité, la guerre ont changé du tout au tout. Surtout, avant, j’étais convaincu du caractère universel et absolu de mes paradigmes personnels, aujourd’hui ce n’est plus le cas.

Nous avons beaucoup de choses en puissance à l’intérieur de nous, et ce qui s’exprime au terme d’évolutions tantôt lentes et imperceptibles, tantôt soudaines et radicales, est fonction de nos rencontres, de nos expériences et de nos réflexions.

À titre personnel, je pense m’en être sorti honorablement dans la vie jusqu’à présent, même si j’ai conscience d’avoir eu de la chance, au départ et tout au long de mon parcours. J’ai une famille aimante et dévouée, des amis intéressants, une bonne santé et des perspectives professionnelles excitantes. Et si c’était à refaire, je ne pense pas que je chercherais à changer le résultat. La manière, en revanche, sans aucun doute.

“Deviens qui tu es” nous exhortait Nietzsche. “Et plutôt maintenant que plus tard”, serais-je tenté de rajouter. Je ne suis probablement pas encore la meilleure version possible de moi, mais à présent j’y travaille (car j’ai arrêté de penser que c’était sale).

III – Le Top 5 conseils du “Moi du présent” au “Moi du passé” ?

A – “Ne tiens pas trop compte de ce que disent les autres”

À 13 ans, j’étais au collège, un milieu dur et impitoyable, où la moindre déviation culturelle, vestimentaire ou académique vous promettait la vindicte et l’opprobre (d’ailleurs, c’est aussi le sort qu’on vous réservait si vous employiez l’un de ces deux mots ou alors l’imparfait du subjonctif).

En conséquence, je me suis souvent interdit de faire des choses à cause du “quand dira-t-on”, par exemple avouer à une fille qu’elle me plaisait. C’est dommage. Quand on a 13 ans, on manque un peu de recul…

B – “Fais très attention à ce que tu dis aux autres (et à comment tu le dis)”

J’avais (et j’ai toujours d’ailleurs), dans mes interactions, tendance à blesser les autres involontairement ou au-delà de mon intention. Pendant mon adolescence, plusieurs personnes m’ont confié avoir été blessées par des choses que j’ai dites sans y prêter plus d’attention que cela.

Le truc, c’est que nous avons tous des sensibilités et des vulnérabilités différentes. Lorsque je formule une critique qui à titre personnel ne m’atteindrait pas si je la recevais, cela ne garantit pas que ce sera le cas pour le destinataire. C’est un peu le niveau 2 du : “ne fais jamais à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse”.

Comme j’ai encore des progrès à faire aujourd’hui en termes de tact et de diplomatie, il est clair que j’aurais dû m’y mettre plus tôt.

C – Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis

Que de temps perdu et d’occasions manquées à causes d’opinions auxquelles on s’accroche pour ne pas perdre la face ou ne pas ébranler un système de croyances bancal.

Je me souviens d’un débat avec une camarade de Lycée où j’avais soutenu que j’étais en défaveur de l’adoption par les couples homosexuels. Mais au fond, que connaissais-je au sujet ? Absolument rien. Ni en termes éducationnels, ni en termes sociologiques. Tout ce que j’avais, c’était des préjugés. Ma camarade, elle, avait des chiffres, des arguments scientifiques, des retours d’expérience. Elle m’a appris ce jour-là que ce qui comptait, au delà de l’opinion en elle-même, c’était son “pourquoi”.

Cela m’a pris plusieurs années, mais à présent, je trouve cela authentiquement gratifiant de changer d’avis. Cela me procure un sentiment de liberté. Cela me donne aussi l’impression de me rapprocher un peu plus de la Vérité, pour peu qu’elle existe.

D – Faire des efforts, ce n’est pas s’épuiser, c’est investir

C’est la course à pied et les cours de finance en école de commerce qui m’ont permis de comprendre cela autour de 25 ans. Les efforts consentis ponctuellement provoquent chez nous des adaptations dont on perçoit les dividendes à perpétuité.

Si j’avais mieux compris cela, je n’aurais pas passé un bon tiers de ma vie jusqu’alors devant la télé, j’aurais continué le sport à l’adolescence et j’aurais fait plus souvent mes devoirs…

E – Il n’y a pas d’échec, seulement du retour d’expérience

À titre personnel – un peu comme tout le monde j’imagine – j’aurais certainement pu oser et expérimenter davantage (activités, rencontres, voyages, orientation professionnelle)… Mais surtout j’aurais voulu que mes échecs n’entachent pas autant mon image de moi. Cela m’aurait aidé de savoir ce qui suit :

On n’accomplit rien de significatif dans la vie sans prendre le risque de se planter. Au lieu de fuir les échecs, il ne faut pas les voir comme tels, il faut les voir comme du calibrage, du retour d’expérience.

Dans la mentalité anglo-saxonne, l’échec n’a rien de honteux, alors que dans la mentalité française, ce n’est pas le cas. Il est préférable de s’habituer le plus tôt possible à voir les choses à la manière anglo-saxonne : en matière de réussite, notre meilleur allié n’est pas le talent, mais le temps et la persévérance.

IV – 3 choses que j’avais à 13 ans et que j’ai perdues (et qu’il faudrait que je retrouve)

A – La capacité d’émerveillement

En 20 ans, j’ai vu beaucoup de coupes du monde, de jeux olympiques, de films, de séries… je commence à être un peu blasé.

B – L’insouciance

À 3 ans, j’ai compris le concept de mort. À 6 ans, j’ai compris qu’il me concernait aussi. Mais à 13 ans, je me croyais encore invincible.

En outre, le futur, en tant que pure abstraction, n’était vraiment pas un souci. Si j’avais su ce qui m’attendais…

C – Un tamagotchi

Un premier entraînement à la paternité, mais tellement moins relou que le vrai truc…

Conclusion

Et vous ? Si vous aviez une machine à remonter le temps, que souhaiteriez-vous dire à celui que vous étiez il y a vingt ans ? Que pourriez-vous apprendre de lui ? Et si le “Vous dans 20 ans” débarquait du futur, que pensez-vous qu’il vous dirait ?

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