Procrastination intelligente… n’attendez plus pour vous y mettre !
Procrastination intelligente… n’attendez plus pour vous y mettre !

Vous avez sûrement remarqué qu’en fin de repas, la dernière chose dont on a envie, c’est de faire la vaisselle. On se dit « c’est bon, je la ferai tout à l’heure, au pire demain ». Et à la fin de la semaine, on se retrouve avec une pile de vaisselle nauséabonde, pleine de résidus incrustés. On y passe deux heures en se disant qu’on ne nous y reprendra plus. Une bonne résolution qui tient jusqu’au lundi suivant, dans le meilleur des cas…

Voilà un exemple classique de procrastination, cette tendance irrésistible qu’ont certaines personnes (dont l’auteur de ces lignes…) à différer leurs actions dans le temps, souvent jusqu’à la dernière minute possible.

D’une manière générale, la procrastination se justifie par  :

  • une priorisation basse ou une pertinence limitée dans le temps de la tâche en question. Ex. faire le ménage alors que la femme de ménage va passer dans 3 jours.
  • une réponse impulsive au manque d’intérêt pour la tâche  et/ou à l’absence de récompense immédiate. Ex. refaire son CV vs. regarder cet excellent TED Talk sur la procrastination.
  • une angoisse, un sentiment ambivalent à l’égard de la tâche. Ex. l’angoisse de la tâche prioritaire. Dans son livre : “La procrastination”, John Perry, professeur émérite de philosophie à Stanford et grand procrastinateur devant l’Eternel, explique que pour qu’il puisse s’atteler à une tâche importante, celle-ci doit être au préalable redescendue à la 2ème ou 3ème place de sa liste de priorités. Une nouvelle tâche, plus prioritaire, doit donc être apparue entre temps. L’exécution de la nouvelle tâche prioritaire est mise en suspens, jusqu’à l’exécution des tâches moins importantes ou l’arrivée d’une nouvelle tâche plus prioritaire…Un peu tordu, mais bien vu !

Souvent, on met aussi le perfectionnisme sur le banc des accusés… À tort !

Piers Steel, professeur de psychologie à l’Université de Calgary, a conduit de nombreuses études qui suggèrent que le lien entre les procrastination et perfectionnisme est en vérité très faible.

La théorie classiquement avancée est la suivante : “en tant que perfectionniste, on fantasme un résultat parfait, ce qui nous conduit : 1 – à effectuer des études préliminaires qui n’en finissent pas; 2 – à attendre patiemment que vienne la bonne inspiration, 3 – à ne pas commencer la tâche pour repousser le deuil de la perfection fantasmée”. Arguments imparables, non ? Sauf que tout ceci est faux…

En réalité, les perfectionnistes procrastinent plutôt moins que les autres. Quelles sont les origines du mythe alors ? C’est que contrairement aux non-perfectionnistes, les perfectionnistes qui procrastinent ont tendance à solliciter l’aide de praticiens. Ceux-ci ont du coup développé une image biaisée de la réalité.

Pour ma part, j’aurais tendance à dire que la procrastination vient au secours du perfectionnisme, grâce à la limitation d’une ressource clé, le temps. Lorsqu’on s’y met à la dernière minute possible, on doit, par la force des choses, aller à l’essentiel et éviter de se perdre dans des détails ou des sophistications inutiles. On parvient ainsi à un résultat égal, si ce n’est meilleur, que si on était en temps illimité… Dans ce cas précis, la procrastination est un outil et non pas quelque chose de subi.

Mais au fond, quelle différence y a-il entre la bonne et la mauvaise procrastination ?

Pour moi, il existe deux grands types de procrastination : celui qui consiste à repousser le lancement de quelque chose qui n’est pas encore commencé ;  et celui qui consiste à repousser l’achèvement de quelque chose qui a déjà commencé.

Procrastination de Type 1 = “repousser le lancement d’une tâche non commencée”

Dans ce cas, la procrastination peut avoir des conséquences fâcheuses (ex. commencer ses révisions trop tard pour obtenir un note satisfaisante à son contrôle de mathématiques), mais la plupart du temps, n’en a aucune (ex. attendre de recevoir une première relance pour payer sa facture).

Procrastination de Type 2 = “repousser l’achèvement d’une tâche déjà commencée”

La procrastination de type 1, évoquée au paragraphe précédent, a un avantage : elle est “propre”, elle ne laisse pas de résidu collé aux assiettes.

Je m’explique : lorsqu’on n’a rien commencé du tout sur un sujet, cela évite tout type de problème de cession, de continuité et de pollution cognitive.

C’est pourquoi le deuxième type de procrastination est à mon sens beaucoup plus problématique. Faire durer inutilement des choses initiées est contre-productif, à plusieurs niveaux :

  1. Problème de cession : si vous devez confier la tâche à un tiers, d’une part, vous devrez consacrer du temps à le briefer sur ce que vous avez commencé et d’autre part, vous l’empêcherez de partir sur ses bases propres bases et le mettrez donc en risque.
  2. Continuité : lorsqu’on s’interrompt, le temps effectif passé sur la tâche augmente de manière mécanique (temps pour se remettre dans le sujet, niveau d’exigence qui augmente à mesure que le temps passe, comme pour répondre à un mail).
  3. Pollution cognitive : vous avez peut-être déjà entendu parler de l’effet Zeigarnik : il s’agit de la tendance qu’on a à se remémorer beaucoup mieux ce qui demeure inachevé. Notre esprit est alors encombré par les “casseroles laissées sur le feu”, ce qui nous empêche d’être efficace et mobilisé à 100% sur ce qu’on est en train de faire.

Pour ces raisons, la procrastination de type 2 est souvent synonyme de parallélisation excessive des tâches, qui nuit gravement à la productivité. On papillonne de sujet en sujet sans jamais rien résoudre, car on ne fait jamais guère plus que d’effleurer la surface… Alors on s’épuise en bataillant contre des moulins à vent, puis on perd sa confiance en soi et enfin son estime de soi. C’est essentiellement ce qui ce arrive quand on fait un Burn Out.

Quelques suggestions pour combattre la procrastination :

  • N’acceptez pas / ne commencez pas une nouvelle tâche tant que vous en avez d’autres importantes sur le feu.
  • Le corollaire de la proposition précédente : obligez-vous à faire directement bien et à ne vous arrêter que lorsque vous avez terminé. Dites-vous qu’il n’existe que deux pourcentages d’avancement pour une tâche : 0% et 100%. Comme au foot, il faut que le ballon soit rentré dans les filets, sinon, ça ne compte pas. Pour revenir sur notre exemple de la vaisselle, le processus « dîner » ne prend fin que lorsque les assiettes sont propres et rangées, pas avant. Pour les tâches au long cours, comme écrire un livre, assurez-vous que ce que vous avez produit au cours d’une session de travail est fini, abouti, sans faute d’orthographe, sans style télégraphique ou construction maladroite, que le propos est clairement exposé et logiquement articulé, bref… que la section que vous venez d’écrire pourra s’intégrer dans votre livre en l’état.
  • Faites des to-do list ! Si tout le monde le dit, c’est que ça marche… En tout cas, c’est ce que fait mon épouse et elle accompli environ 5 fois plus de choses que moi dans une journée.
  • Priorisez. Notez que cela ne veut pas forcément dire commencer par ce qui est urgent / important, car ce qui est important, vous le ferez de toute façon. À titre personnel, je commence par ce qui me stimule et qui me demande des ressources intellectuelles. Le reste (l’administratif…), je le fais dans le money time (l’heure qui précède mon départ).
  • Soyez ambitieux, mais réaliste sur le nombre de choses que vous pouvez faire dans la journée. “Qui trop embrasse mal étreint”.
  • Ne vous récompensez jamais à l’avance !
  • Mettez en place des rituels, créer un environnement propice à la concentration et au travail (pour moi, c’est me rendre dans un espace de co-working plutôt que de rester chez moi. Enfiler un costume cravate pour les messieurs / un tailleur pour les dames aide bien également)

En tout cas, si vous ne devez retenir qu’une chose, de ce article, c’est que jamais, ô grand jamais, vous ne devez vous lever de votre chaise avant de vous être assuré d’avoir terminé votre phra

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